Vous vous êtes sûrement déjà trouvés face à un plan d’un film et vous êtes dit : « il n’y a pas assez de contraste » ou » hmmm, c’est trop contrasté ». Mais qu’est ce qui réellement vous donne la sensation de contraste dans une image ?
Le contraste réel
Cette image face à vos yeux, c’est sans doute l’image la plus contrastée qui puisse s’afficher sur un écran. Ça, c’est votre sensation, maintenant, comment ça se fait ? Dans notre article précédent, on vous a parlé de la quantification de la lumière en stops. Ici, il n’y a que deux niveaux de luminosité, le blanc et le noir, qui ont sur votre écran 6 stops de différence.
Le contraste, c’est ça. La différence de niveau entre deux zones distinctes d’une image. Ici, le contraste entre le rectangle noir et le rectangle blanc est de 6 stops.
Ici, l’image paraît moins brute, moins contrastée. Pourtant, croyez le ou non, mais entre le blanc à droite et le noir à gauche, il y a aussi 6 stops de contraste.
Nos pupilles sont elles biaisées en fonction de l’image face à nous, comme un malheureux jeu du hasard ? Non, il y a quelque chose qui se cache derrière cette sensation qui set fondamental à comprendre.
Contrastes bruts, contrastes doux
L’image a s’oppose de tout son être à l’image b car cette dernière est dynamique et douce. En effet, elle passe par tous les paliers de luminosité entre -3 et +3, on ne sent pas le « contraste » de l’image a, qui elle a seulement deux valeurs à afficher, qui nous donne ces blocs à afficher.
Vous l’aurez compris, si une image à un contraste brut, cela veut dire que deux zones très proches ont un fort contraste entre elles.
Une image à contraste doux fait qu’on ne sent pas nettement la séparation entre les deux.
Et une image très dynamique est une image qui possède de nombreuses niveaux de luminosités différents, une image pas du tout dynamique est une image qui possède très peu de niveaux différents.
L’image a est très dure et pas dynamique, l’image b est douce et très dynamique. L’image c est ni dure ni dynamique.
Gardez ces cas de figure en tête, car vous tomberez systématiquement dessus pour composer vos images.
EL ZONE
Voilà un nouveau système que vous pouvez mettre dans votre boîte à outils. L’EL ZONE, c’est ce false color que vous voyez sur l’image précédente, qui vous montre en temps réel votre signal et la manière dont sont exposés tout vos pixels sur votre image.
Vous voyez ici que l’image est découpée en zones de couleur, qui nous indiquent le niveau photométrique de chaque endroit, avec la peau à 0, comme la référence de la cellule.
Grâce à ça, nous sommes capables de décrire pourquoi cette image tirée de la série Emma, nous semble si ennuyante, si peu intense.
- Il n’y a pas de contraste sur le visage, la joue droite et la joue gauche sont à +2.
- Les contrastes sont très doux, on ne ressent pas de discontinuité dans les niveaux.
- L’image est très peu dynamique, contenue entre +2 et +4.
Tous ces éléments nous donnent la sensation d’une image plutôt plate, mais vous voyez qu’on ne peut pas la réduire à la simple notion de contraste, ça n’aurait pas de sens.
Entre les cheveux d’Emma et le ciel gris, il y a un contraste énorme, mais pour les raisons citées avant, on y est complétement insensibles.
Cette image est extrêmement intense. On peut encore grâce à l’EL ZONE déterminer pourquoi.
- Le visage est extrêmement contrasté, la face droite de Rachel est 6 stops plus lumineuse que sa face gauche.
- Le contraste est ultra dur, on le voit avec les zones colorées, on peut dessiner des blocs, de noir comme de blanc.
- La dynamique est maximale, de +5 à -5, en passant par des ombres à -3 et des hautes à +2.
Applications
Attirer le regard
Utilisez la dynamique de votre image pour faire ressortir votre plus fort point de contraste. Ici, on a une vive sensation de profondeur due aux contrastes durs sur scène, et doux en avant plan.
Situer une émotion

Grâce à l’EL ZONE, on a la possibilité de comprendre comment les rapports de contraste sur un visage modèlent une émotion. Dans Barbie, les contrastes sont très souvent de 1 ou 2 stops entre les deux faces, avec une dynamique très faible. C’est ce qui nous donne cette sensation très légère, voire même artificielle, qui colle bien au sentiment de Barbie dans ce début de film.

Le contre-exemple parfait se trouve dans Oppenheimer, on se retrouve avec des rapports quasi imbattables (7 stops). Il n’y a que le visage qui est mis en valeur dans le plan, à l’exception duquel rien n’est dynamique. Le contraste est si dur qu’on a la sensation qu’il y a deux personnes différentes à l’écran. C’est une manière très efficace de créer de l’intensité et de faire entrer le spectateur en émotion avec le personnage.
L’ambiance
Pour répondre à l’exemple précédent, la dynamique est beaucoup plus importante à maîtriser pour l’espace que pour un visage. C’est la sensation de contraste de l’espace qui entoure vos personnages qui donne l’ambiance de votre scène.
Dans Severance, la sensation clé est la clarté. L’open space géant doit repousser le spectateur, il faut qu’il le ressente comme un grand vide. Pour ça, on utilise une dynamique minuscule pour rendre l’endroit le plus morne possible, tout en gardant du contraste sur les personnages pour les faire ressortir.
C’est une autre dynamique dans The Dark Knight.
Contrastes durs, dynamique permise par les fenêtres et le projecteur, on a volontairement creusé les ombres pour donner de la profondeur, du mystère, comme vous pouvez le voir en noir sur l’EL ZONE.
On est dans le néo-noir, dans un récit bien plus pusillanime et plus direct dans la profondeur. Il y a des zones entières qu’on ne voit pas, qu’on laisse au noir, c’est très intense visuellement.
Pour finir
Vous l’aurez compris, le contraste d’une image dans son ensemble n’est pas une science exacte. C’est une sensation qui est déterminée par la dynamique et le rapport des niveaux de contraste de votre scène.
La dynamique, c’est en quelque sortes le degré d’interpellation du spectateur. c’est un outil narratif très puissant!
Ces petites démonstrations sont un excellent exercice pour habituer sont œil à décomposer une image. Si vous êtes capables d’utiliser les outils et les mots pour décrire techniquement la sensation qu’une image vous donne, vous avez toutes les armes pour vous même composer vos images, avec l’intensité visuelle que vous désirez !